Confrontée au scepticisme croissant de Berlin, la France manque d'alliés pour faire avancer son projet de réforme de la zone euro. L'Allemagne traîne les pieds. Sept mois sont bientôt écoulés depuis l'initiative pour l'Europe lancée par le président Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne, et la réponse allemande à ses propositions se fait toujours attendre. Convié par Angela Merkel à s'entretenir avec elle à Berlin jeudi 19 avril, le chef de l'État devra recourir à tout son talent de persuasion pour espérer faire avancer son agenda européen réformateur, dont il a fait un marqueur de sa politique.
Loin de se rapprocher, les positions sur le chapitre-clé, celui du projet de réforme de la zone euro, se sont au contraire écartées ces dernières semaines. Des députés du parti de la chancelière Angela Merkel expriment leur scepticisme de plus en plus bruyamment. Le vice-président du groupe parlementaire CDU/CSU, Ralph Brinkhaus, vient ainsi de prendre position contre l'idée de créer un Fonds monétaire européen (FME), qui remplacerait le Mécanisme européen de stabilité (MES) pour venir en aide aux pays en difficulté financière. Ralph Brinkhaus s'est également prononcé, comme de nombreux autres responsables allemands, contre la création d'une garantie européenne des dépôts bancaires (inférieurs à 100 000 euros). Il exige d'abord l'assainissement des banques italiennes qui croulent sous les crédits douteux. « Je ne pense pas que nous pourrons réaliser de grands progrès au Conseil européen de juin », a observé le député CDU, alors même qu'Emmanuel Macron s'était mis d'accord avec Angela Merkel le mois dernier pour arrêter un plan d'action conjoint en juin.
D'autres suggestions du président de la République, comme la création d'un poste de ministre des Finances de la zone euro ou la mise en place d'un budget susceptible d'avoir un véritable impact macroéconomique, ont déjà été mises en pièces par la classe politique allemande. La CDU craint qu'une réforme trop ambitieuse de la zone euro soit exploitée par l'opposition populiste et libérale lors de la campagne pour les élections européennes de 2019, sur le thème « nos partenaires nous coûtent trop cher ».